Dr Azzam AWADA

Promontofixation par cœlioscopie

Qu'est-ce que le « prolapsus génital » ?

Le pelvis, ou « petit bassin », contient trois organes : La vessie en avant, l'utérus au milieu, et le rectum en arrière.

Le prolapsus génital (ou « descente d'organes » dans le langage courant) est un déplacement anormal, soit d'un seul organe, soit de deux organes, soit des trois organes du pelvis vers le bas, avec, éventuellement, l'issue de cet organe à l'extérieur, à travers l'orifice vulvaire.

Relation avec l'incontinence urinaire

Le prolapsus génital peut parfois s'accompagner d'une incontinence urinaire, mais pas toujours. On peut avoir :

  • Une incontinence urinaire sans prolapsus génital
  • Un prolapsus génital sans incontinence urinaire

Les deux phénomènes étant dus à des mécanismes différents. D'ailleurs, certains prolapsus peuvent « masquer » une incontinence urinaire, qui ne va apparaître qu'après le traitement chirurgical du prolapsus.

Quelles sont les causes du prolapsus génital ?

Moyens de maintien des organes

Les trois organes du pelvis sont maintenus à leur place naturelle par deux moyens :

Moyens de suspension (« les bretelles »)

Essentiellement constitués par les ligaments qui tiennent ces organes, et par les « fascias », sortes de ciments naturels qui solidarisent ces trois organes entre eux.

Moyens de soutènement (« le plancher »)

Essentiellement constitués par les muscles du périnée.

Un prolapsus génital va donc apparaître si ces moyens deviennent défaillants.

Causes les plus fréquentes :
Accouchements difficiles

Forceps, gros enfants (plus de 4 Kg), qui abîment les muscles du périnée.

Ménopause

Carence en hormones qui abîme les « fascias » et désolidarise les organes entre eux.

Surpoids et obésité

Pression trop importante du ventre sur les organes du pelvis, qui « distend » les ligaments.

Remarque : Parfois, cependant, aucune cause évidente n'est retrouvée.

Que ressent-on quand on a un prolapsus génital ?

En fonction de la prédominance du prolapsus sur l'un des trois organes du pelvis, les symptômes ressentis sont les suivants :

Prolapsus de la vessie
  • « Boule » qui sort à l'avant du vagin
  • Sensation de « pesanteur » dans le bassin
  • Impression de devoir forcer pour uriner
  • Vidange incomplète de la vessie
  • Envies fréquentes d'uriner
  • Envies pressantes et fuites urinaires
  • Infections urinaires à répétition
Prolapsus de l'utérus
  • « Boule rosâtre » qui sort par le vagin (col de l'utérus irrité)
  • Sensation de « pesanteur » dans le bassin
  • Éventuellement : petits saignements (col utérin très irrité)
Prolapsus du rectum
  • « Boule » qui sort à l'arrière du vagin
  • Sensation de « pesanteur » dans le bassin
  • Constipation parfois importante
  • Nécessité d'aide manuelle pour déféquer
  • Vidange incomplète du rectum
  • Rarement : incontinences aux selles

Important : Ces symptômes peuvent être « mêlés » entre eux en cas de prolapsus touchant deux ou trois organes.

Comment traite-t-on un prolapsus génital ?

Le traitement du prolapsus génital est toujours un traitement chirurgical. La rééducation des muscles du périnée n'a qu'un but préventif et ne permet pas, une fois que le prolapsus est apparu, de réintégrer les organes qui sont « descendus ».

But du traitement chirurgical

Ce traitement a pour but de remplacer :

  • Les moyens de suspension « les bretelles » (fascias, ligaments)
  • Les moyens de soutènement « le plancher » (muscles du périnée)

Il fait appel le plus souvent à l'utilisation de prothèses synthétiques qui ressemblent à des tissus tricotés (comme les « mailles d'un filet »), servant à remplacer les fascias défaillants ou à suspendre les organes « descendus » à des ligaments naturels solides.

Trois voies chirurgicales possibles :
Laparotomie

En ouvrant le ventre. Cette voie est pratiquement abandonnée de nos jours, sauf dans des cas très particuliers.

Cœlioscopie

À ventre fermé avec une optique et une caméra (promontofixation par cœlioscopie).

Voie vaginale

En passant par le vagin, sans ouvrir le ventre. Différentes techniques chirurgicales disponibles.

Avantages de la promontofixation par cœlioscopie

Efficacité équivalente aux autres voies chez les femmes ménopausées ou pré-ménopausées, mais avec des bénéfices supérieurs chez les femmes jeunes, physiquement et sexuellement actives :

Taux de récidive moindre (plus efficace à long terme)

Moins douloureuse que la voie vaginale

Préserve l'anatomie du périnée et évite les cicatrices vaginales

Quels sont les principes de la promontofixation par cœlioscopie ?

Technique chirurgicale

L'intervention consiste, après avoir ouvert le « péritoine » (sorte de sac de chair qui contient les viscères) à sa partie arrière, à disséquer le « ligament vertébral antérieur » à hauteur du promontoire sacré, puis à disséquer toute la face avant du rectum et la face arrière de la vessie. Une fois cette dissection effectuée, on met en place une prothèse postérieure (entre rectum et vagin) et une prothèse antérieure (entre vessie et vagin), toutes deux fixées au ligament vertébral antérieur. L'intervention se termine par la suture du péritoine en avant des prothèses.

Interventions associées possibles

Il peut être parfois nécessaire, pour des raisons techniques ou à la demande de la patiente, de réaliser dans le même temps une annexectomie (ablation des ovaires et des trompes) et/ou une hystérectomie subtotale (ablation du corps de l'utérus, en laissant le col en place).

Étapes de l'intervention en images
Péritoine ouvert et dissection du rectum

Péritoine ouvert et dissection du rectum

Dissection de la vessie

Dissection de la vessie et de la face antérieure du vagin

Prothèse antérieure

Prothèse antérieure fixée à la paroi antérieure du vagin

Prothèse postérieure

Prothèse postérieure et début de fermeture du péritoine

Fixation des prothèses

Fixation des prothèses au ligament vertébral antérieur

Fin de l'intervention

Fin de l'intervention : Péritoine entièrement fermé

L'intervention

Anesthésie

Générale obligatoire

En raison du pneumopéritoine (gonflement de la cavité péritonéale par du CO2)

Durée
2-4h

Selon les cas et la corpulence de la patiente

Douleur post-opératoire

Généralement modérée

Médicaments anti-douleur puissants prévus (pompe à morphine PCA)

Complications possibles

Comme pour toute intervention chirurgicale, la promontofixation par cœlioscopie comporte des risques opératoires et anesthésiques, et des complications post-opératoires, quelle que soit l'équipe chirurgicale et le lieu d'intervention.

Complications générales :
Hémorragies secondaires

Dans les jours ou semaines suivant l'intervention, obligeant souvent à réintervenir.

Complications infectieuses

Infections urinaires, du site opératoire, infection des prothèses, parfois nécessitant une réintervention.

Occlusions intestinales

Impossibilité de faire des gaz et d'aller à la selle, parfois nécessitant une réintervention.

Fistules

Vésico-vaginales ou recto-vaginales (communication anormale), nécessitant une réintervention.

Plaies d'organes

Vessie, uretères, rectum, intestin grêle nécessitant une réparation.

Complications vasculaires

Phlébites et embolies pulmonaires (caillots sanguins).

Complications temporaires spécifiques :
Instabilité vésicale

« Excitation » de la vessie donnant des envies fréquentes d'uriner. Très fréquent le premier mois, s'estompe spontanément en 2-3 semaines.

Atonie vésicale

Vessie « paralysée » nécessitant des auto-sondages (<5%, généralement temporaire, quelques jours à quelques semaines).

Risques limités
< 1/10.000
Mortalité
< 3%
Complications sévères
< 5%
Atonie vésicale

Hospitalisation et convalescence

Durée d'hospitalisation
2-4 jours

Selon l'état de la patiente

Arrêt de travail
4-6 sem.

À adapter au type de travail, âge et état général

Devient-on ménopausée si une hystérectomie a été pratiquée ?

Comprendre la ménopause

La ménopause (« arrêt des règles » en grec) est liée à l'arrêt de production des hormones ovariennes. L'utérus n'est qu'un « exécuteur », une « cible » de ces hormones, qui réagit tous les mois en donnant les règles.

Hystérectomie « conservatrice »

PAS de ménopause

Les ovaires restent en place et continuent de produire leurs hormones jusqu'à l'âge naturel de la ménopause (entre 50 et 52 ans).

Hystérectomie « non-conservatrice »

Ménopause immédiate

Si les DEUX ovaires sont enlevés, on devient automatiquement ménopausée.

Femmes déjà ménopausées

Les femmes qui étaient déjà ménopausées AVANT l'opération le restent !

Arrêt des règles

L'hystérectomie provoque TOUJOURS un arrêt complet et définitif des règles chez TOUTES les femmes opérées.

Conséquences sur la vie quotidienne et la sexualité

Vie quotidienne
AUCUN changement

Passés les 2 premiers mois, vie quotidienne plus agréable qu'avant

Attention : Éviter les gros efforts physiques et le sport intensif à vie
Sexualité
Rapports normaux

Les prothèses peuvent rendre le vagin moins souple

Parfois nécessité d'hormones vaginales et lubrifiants
Contraception inutile après hystérectomie

Peut-on être assurée d'une « guérison » à 100% ?

Aucune équipe chirurgicale au monde ne peut se targuer d'une guérison à 100% chez toutes les patientes opérées.

Le prolapsus génital est un phénomène complexe qui met en jeu toute l'anatomie du pelvis, et son traitement est complexe.

Satisfaction incomplète
< 20%

Moins d'une patiente sur 5 sera incomplètement satisfaite (malgré une certaine amélioration)

Risque de récidive
< 10%

Moins d'une patiente sur 10 avec les techniques actuelles

Prévention des récidives

Il sera demandé à la patiente d'être attentive à tout ce qui peut provoquer une récidive : surpoids et obésité, efforts physiques importants, pratique sportive « intensive ».

Foire aux questions (FAQ)

Quels sont les avantages de la cœlioscopie par rapport à la voie vaginale ?

La promontofixation par cœlioscopie a un taux de récidive moindre, est souvent moins douloureuse et préserve l'anatomie du périnée, évitant les cicatrices vaginales. Elle est particulièrement recommandée chez les femmes jeunes et actives.

L'anesthésie générale est-elle obligatoire ?

Oui, ce type d'intervention nécessite obligatoirement une anesthésie générale en raison du pneumopéritoine (gonflement de la cavité péritonéale par du CO2 pour effectuer la cœlioscopie).

Combien de temps dure l'intervention ?

L'intervention dure entre 2 et 4 heures, selon les cas et la corpulence de la patiente (le surpoids et l'obésité rendant la chirurgie plus difficile).

Quels sont les troubles urinaires temporaires possibles ?

L'instabilité vésicale (envies fréquentes d'uriner) est très fréquente le premier mois et s'estompe spontanément. Plus rarement, une atonie vésicale (vessie paralysée) peut nécessiter des auto-sondages temporaires.